
Malaisie : une avancée pour l'islam et pour les femmes Par
Marina Mahathir* Kuala Lumpur −
Début juillet de cette année, Najib Razak, Premier ministre de la
Malaisie annonçait la nomination de deux femmes à un poste de juge
auprès des tribunaux de la charia (syariah), ou tribunaux
islamiques fédéraux. Les tribunaux islamiques, qui constituent
l'une des deux branches de l'appareil judiciaire du pays, sont
compétents pour toutes les matières relevant de la charia,
c'est-à-dire des principes islamiques.
Les associations féminines, à commencer par la mienne, Sisters in
Islam (SIS), se sont félicitées de cette mesure longuement
attendue, car les femmes rencontrent de multiples problèmes dans
les tribunaux islamiques, surtout s'agissant d'affaires de la
famille. Dans le cadre de ses revendications pour la justice et
l'égalité des musulmans, le SIS réclamait ces nominations depuis
1999 et plus. Les lois civiles de la Malaisie relèvent du
gouvernement fédéral. Mais la Constitution fédérale accorde aux 13
États du pays une compétence dans deux domaines : le foncier et les
lois applicables aux « personnes professant la foi islamique », ce
qui signifie les questions relevant du droit de la famille comme le
mariage, le divorce, la tutelle et l'héritage.
Les tribunaux de la charia n'ont pas compétence pour ce qui est des
non-musulmans, tandis que toutes les questions relatives à la
pratique de l'islam ne passent pas devant les tribunaux civils.
Voici un certain temps que le gouvernement parle d'une réforme de
la justice. Alors que les deux nominations féminines remontent
seulement au mois dernier, la décision avait en fait été prise en
2006 déjà. Les deux femmes, il est vrai, ont été affectées dans des
tribunaux de district fédéraux, mais l'innovation est importante
dans la mesure où elle peut être suivie par les États à leur
niveau. Hélas, il fallut rapidement déchanter. Quinze jours à peine
après l'annonce de ces nominations en juillet, une commission de 20
juges de la charia, tous des hommes, se réunissait pour définir les
affaires que pouvaient connaître leurs deux consœurs.
Un magistrat du Tribunal d'appel islamique, Datuk Md Yusup Che The,
affirma en effet que la décision devait être reconsidérée, car
certaines affaires ne peuvent être jugées par des présidentes de
tribunal, notamment les affaires de divorce et les affaires
relevant du wali hakim, c'est-à-dire le magistrat des tutelles, qui
a compétence en matière matrimoniale et qui est forcément un homme.
Le problème est que c'est surtout dans les affaires de divorce que
de nombreuses Malaisiennes sont victimes d'injustices, que ce soit
en matière de garde ou de partage. De plus, les affaires faisant
entrer en jeu les tuteurs ne concernent naturellement que les
femmes qui, par exemple, n'ont pas le droit de se marier sans le
consentement d'un tuteur. Dans la plupart des cas, le tuteur est le
propre père de la mariée, mais lorsque le père n'est pas
disponible, ni aucun autre homme de la famille, le tribunal doit
nommer un wali hakim, ou magistrat de tutelle, ce qui peut retarder
la célébration.
Les mouvements féministes se réjouissaient que la nomination de
juges femmes permette à celles-ci de présider dans des affaires où
les femmes estiment aujourd'hui être traitées inéquitablement. Il
est en effet permis d'espérer qu'une juge manifeste plus d'équité
lors du partage des biens dans les cas de divorce ou de tutelle et
plus de célérité dans la désignation d'un tuteur pour suppléer au
père biologique. « Ces nominations ont été faites pour revaloriser
la justice dans les affaires relatives à la famille et aux droits
des femmes et pour répondre aux besoins de notre époque », a
déclaré le chef du gouvernement, M. Razak.
Alors que la mesure semblait avoir inquiété les juges les plus
conservateurs des tribunaux islamiques, les craintes des
associations de femmes ne se sont pas avérées : à la fin juillet,
une commission spéciale décrétait que les juges femmes ont les
mêmes compétences que les hommes. Il convient d'observer que le
Coran enjoint aux juges de recourir à leur sagacité lorsqu'ils
rendent la justice, Allah recommandant « (...) quand vous jugez
entre des gens, de juger avec équité » (s. 4, v. 58). Le verset
souligne l'aspect justice sans préciser si le juge doit être homme
ou femme. Il n'y a donc pas d'obstacle à ce que des femmes siègent
dans les tribunaux de la charia, comme elles peuvent le faire
depuis longtemps au civil. * Fille du quatrième Premier ministre de
la Malaisie, Marina Mahathir, journaliste et chroniqueuse
distinguée, militante des droits de la femme, est membre du conseil
d'administration de Sisters in Islam et expert mondial des Nations
unies (
www.globalexpertfinder.org
).
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